De : Coordination Sante 51
Lettre aux médecins de la Marne
Chers Confrères,
LA GUR c’est fini ! Le service de Gardes et Urgences de Reims créé en 1979 par le Dr Dogué et qui a rendu tant de services aux malades et aux médecins a fermé ses portes hier soir sur décision du Tribunal : Liquidation judiciaire, l’Association n’ayant plus les moyens financiers de continuer son action.
En pratique :
Vous ne pouvez donc plus adresser vos appels de jour d’urgence à la GUR en dépannage, donc transmettez au « centre 15 », les appels qui seront alors régulés, mais pourront vous être retournés avec obligation de visite dans les délais fixés par les régulateurs.
La nuit, votre répondeur devra indiquer le téléphone du médecin de garde de votre cabinet et/ou le numéro « 15 » sachant que le médecin régulateur orientera les appels vers les médecins désignés de garde pour la ville. Un tour de garde provisoire va donc être mis rapidement en place par les autorités sanitaires pour le district de Reims et concernera tous les médecins généralistes et MEP.
Le Centre Départemental des Professions de santé de la Marne, dont le Président, le Dr Vasseur, Orthodontiste, ne ménage ni son temps ni ses efforts depuis des mois, est en train de mettre en place une structure de permanence des soins à Reims dont on espère l’ouverture début 2003.
Les gardes se prendraient par les médecins du district à tour de rôle pour une période de 12 heures (2 médecins par garde), la nuit, au sein d’une maison médicale sécurisée. Une indemnité forfaitaire serait allouée aux 2 médecins et les Docteurs Brulé (MG-France), Nivelet (Union Nationale des Omnipraticiens Français) et Schlienger (Syndicat National des Médecins de Groupe) ont obtenu qu’il n’y ait pas de reversements d’honoraires. Ce sont donc les pouvoirs publics qui devront payer ce service aux patients qui relève d’une mission de service public.
Des Médecins régulateurs privés, rémunérés, seront également désignés sur la base du volontariat pour gérer les appels au CHU à côté de leurs confrères régulateurs hospitaliers pendant les horaires « surbookés » Pour information, et contrairement à ce qui s’est passé dans certaines régions, les 3 Confrères de SOS médecin-Reims n’ont pas souhaité intégrer le nouveau système de gardes ni signer de convention. Il est vrai qu’il ne leur est pas possible à 3 de gérer 24 heures sur 24 la totalité des visites sur le district de Reims. Sauf changement de politique, SOS n’est donc qu’un cabinet médical privé comme le vôtre, mais orienté vers les visites.
SUR LES PROBLEMES DE LA GUR :
En 1979 et dans les années qui ont suivi, la GUR remplissait parfaitement son rôle. La quasi totalité des médecins de Reims assurait les gardes à tour de rôle, parfois se faisant remplacer. Les permanenciers, étudiants en médecine, faisaient leur 1ères armes dans les relations médecins/malades et faisaient connaissance avec leurs ainés, les remplaçants gagnaient leur vie et les jeunes installés pouvaient se faire connaître.
Mais il est vrai que la structure associative, sponsorisée au départ par le Laboratoire Boehringer, puis ponctuellement par un coup de pouce de la Mairie de Reims et de quelques subventions des autres Mairies du district, vivait en auto-financement d’une part des cotisations et d’autre part d’un reversement de 25% des honoraires touchés en garde par les médecins. Ce reversement de 25% était une des principales critiques du Conseil de l’Ordre à l’encontre de la GUR.
C’est pourquoi, lorsque les médecins vieillissant, fatigués par des journées de travail de plus en plus longues ont cessé de prendre des gardes et d’adhérer à l’Association, le Conseil de l’Ordre n’a pas insisté sur l’obligation de permanence de soins auprès de ces médecins. D’autre part ce reversement initialement prévu aurait normalement du être supprimé et les collectivites locales (Conseil général etc...) auraient du prendre le relai en finançant la structure. Bien sûr ils se sont désengagés et ce sont les médecins qui ont porté à bout de bras cette structure. Il s’en est suivi une désaffection de plus en plus importante et sur les 200 médecins intéressés, seuls 25 continuaient à prendre des gardes personnellement et une trentaine se faisait remplacer. Parmi les 200 Confrères, environ 70 seulement étaient cotisant de l’Association. Sur les 130 médecins restant, une grande partie tirait profit du système sans même avoir l’honnêteté intellectuelle de soutenir l’Association par leur cotisation.
Il faut dire que les conditions de sécurité - même si Reims n’est pas Sarcelles - n’étaient plus garanties, et de nombreux médecins ont été agressés. Consigne avait d’ailleurs été donnée de ne pas ébruiter ces affaires pour ne pas effrayer les Confrères qui acceptaient encore de sortir la nuit !
Il faut dire aussi que 50% des actes étaient des CMU, payées parfois à plus de 6 mois, et dont les rétrocessions de 25% à la GUR étaient aléatoires ! Il eut été à mon sens préférable d’avoir une transition dans la douceur du service actuel de la GUR vers un accueil des urgences sécurisé, au sein de la même association et de demander aux pouvoirs publics de financer ce service (n’oublions pas que la GUR a été reconnue Association d’utilité publique !), plutôt que de devoir tout gérer dans l’urgence et de mettre en place un système qui va coûter très cher à la société et dont l’avenir à moyen et long terme n’est pas encore assuré.
Je rappellerai enfin que l’Association qui gérait la GUR avait mis aussi en place le SUD (Service d’Urgences Dentaires), les soins infirmiers d’urgence, le tour de garde des kinésithérapeutes, des campagnes de dépistage, des projets de soins coordonnés à domicile (Dr Dogué) et que toutes ces idées novatrices en 1979 ont été depuis largement reprises...
Je pense donc d’une part à tous les permanenciers et au personnel de la GUR qui vont être licenciés, et à tous ceux de la « nouvelle équipe » qui se sont donnés à fond pour trouver une solution qui satisfasse patients et professionnels de santé. Je pense aux médecins qui se sont dévoués jusqu’au bout pour aider leurs patients.
Je pense aussi une fois de plus à l’incurie des pouvoirs politiques qui, alertés depuis longtemps, ont attendu le dernier moment pour agir ! Bien confraternellement à tous
J-Yves Schlienger
Responsable régional
Syndicat National des Médecins de Groupe
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