"PASSAGE EN FORCE POUR LES SPÉ DU SECTEUR 1 AU SECTEUR 2

FAISABILITÉ? "


Chers Docteurs,

Il faut éviter d'extrapoler des éléments de droit sur des réponses juridiques à des questions qui ne sont pas précisément posées.

Ce n'est pas parce que le RCM ne prévoit pas spécifiquement de sanctions au passage "forcé" d'un secteur à l'autre que les caisses n'ont pas de moyens coercitifs contre le médecin qui le tenterait. Si le RCM ne prévoit pas de manière spécifique de sanction au passage forcé, les caisses peuvent néanmoins sans difficulté sanctionner les pratiques découlant de ce passage en secteur 2, notamment la pratique d'honoraires différents du secteur 1. les sanctions peuvent aller jusqu'au déconventionnement.

Je vous rappelle que les sanctions sont immédiatement exécutoires, même en cas de recours, et peuvent aller jusqu'au déconventionnement.

Il vous est suggéré cependant de tenter de passer en force, en misant sur la possibilité de solliciter de la juridiction administrative en référé la suspension des sanctions dans l'attente d'une décision au fond.
Cette procédure est effectivement possible, le juge des référés est compétent pour examiner ce type de demande de suspension d'exécution; cela ne signifie cependant absolument pas que cette juridiction se prononcerait en faveur du médecin requérant ! s'il y a effectivement un doute sérieux sur la légalité du refus des caisses de considérer licite le passage secteur 1-secteur 2, les conséquences de la suspension des sanctions à l'égard du système de sécurité social actuel pourraient être considérées très lourdes et rendraient évidemment le juge des plus circonspect sur l'opportunité d'une décision de suspension qui demeure du domaine de sa souveraine appréciation. En d'autres termes, il est absolument impossible d'affirmer avec certitude que le juge des référés acceptera de faire droit à la demande.

Dans ces conditions la situation risque d'être la suivante:
- le médecin informe la caisse de son passage en secteur 2 et a immédiatement une pratique d'honoraires conforme à ce dernier statut.
- la caisse engage la procédure de sanction telle que nous la connaissons pour la pratique systématique des DE et prononce ces sanctions.
- il appartient au médecin de saisir le Tribunal Administratif d'un recours pour excès de pouvoir, et le juge des référés d'une demande de suspension de l'exécution de la sanction.
- si le juge des référés ne fait pas droit à la demande de suspension, le médecin devra attendre la fin de la procédure au fond (6 à 36 mois), et vivement espérer une décision finale et définitive (qui n'aurait pas été frappée d'appel par les caisses) qui annulerait les sanctions. S'il nous donne raison, la situation serait totalement renversée et les revendications aboutiraient vraisemblablement très vite.

Notre cabinet ne vous garantira jamais le contenu des décisions de référé et de fond qui seraient prononcées. La teneur divergente des décisions des TASS est révélatrice des incertitudes. les juridictions suprêmes ( Cour de Cassation et Conseil d'Etat) se montrent plus réticentes que favorables.

Nous rappelons systématiquement à qui nous interroge que la solution des procédures en cours demeure aléatoire malgré les soins que nous y apportons, mais qu'elles s'inscrivent, par un mouvement collectif, en nombre et revendicatifs, dans un objectif de renversement des rapports de force en rendant précaire la position des caisses.

La stratégie nouvelle proposée nous apparaît éminemment dangereuse, en ce qu'elle prétend acquis le caractère favorable des décisions éventuelles du juge des référés.

Utilisant des termes communs aux juristes et aux médecins, Je dirais que dans la stratégie envisagée, l'aléa judiciaire est majeur, et les risques extrêmement lourds.

Je suis à votre entière disposition pour tout renseignement ou toute précision complémentaire.

Espérant avoir répondu suffisamment clairement à une question juridiquement complexe, je vous prie de me croire votre bien dévoué.

Vincent POTIE.